Que se passe-t-il lorsque les plates-formes et les industries de réseau se heurtent?

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La perturbation numérique des industries de réseau peut miner l’investissement dans l’infrastructure même sur laquelle ces industries sont fondées.

Au cours des dernières années, des plateformes comme Amazon, Google et Facebook ont perturbé toute une gamme de marchés, du commerce de détail aux services bancaires. Ces plateformes – des entités numériques qui facilitent l’interaction entre les participants d’un écosystème de valeurs – utilisent les nouvelles technologies pour répondre à des besoins non satisfaits, créer de la valeur pour les consommateurs et offrir des services novateurs. Aujourd’hui, comme l’illustrent les universitaires Juan Montero et Matthias Finger dans leur article « Platformed ! Network Industries and the New Digital Paradigm », les plates-formes empiètent sur les industries de réseau, telles que les transports, les communications et l’énergie, industries qui se caractérisent par de lourds investissements dans les infrastructures et souvent vitales pour le fonctionnement de la société.

Les industries de réseau ont en commun certaines caractéristiques qui les exposent à des perturbations numériques. Plusieurs éléments permettent aujourd’hui aux utilisateurs de devenir producteur consommateur comme par exemple, la fragmentation due à la libéralisation et à la déréglementation sur des marchés souvent dominés par des monopoles, le dégroupage et la séparation des services ou encore l’innovation technologique.

Cette fragmentation permet aux plates-formes en ligne d’agir en tant que coordinateurs, reconfigurant l’écosystème de valeur, exploitant souvent des environnements réglementaires qui désavantagent les entreprises en place. Dans un premier temps, les plates-formes deviennent des substituts aux services traditionnels en utilisant une infrastructure alternative supplémentaire ou qui remplace l’infrastructure existante de l’industrie des réseaux.

Mais, avec le temps, les plateformes banalisent les marchés en reléguant les fournisseurs de services en place à un unique rôle de participants à un écosystème de valeur où la plateforme sert de médiateur entre les relations, les transactions et la création de valeur. Les opérateurs télécoms en place deviennent des facilitateurs pour les plates-formes offrant des services Over The Top.

Les opérateurs de réseaux traditionnels se battent pour obtenir une réglementation qui leur serait plus favorable. Les appels à l’extension des réglementations existantes pour couvrir les plates-formes en ligne envisagent la création de conditions de concurrence plus équitables. Alors que les plates-formes plaident en faveur d’un accès total, ouvert et non discriminatoire à l’infrastructure de réseau existante, les opérateurs historiques revendiquent le droit de contrôler et de gérer leurs actifs et de facturer comme bon leur semble.

De telles escarmouches peuvent sembler un phénomène naturel dans une économie concurrentielle. Mais l’enjeu est de taille. Les plates-formes en ligne peuvent créer de l’efficience et de la flexibilité pour les consommateurs, mais elles perturbent également les mécanismes de financement traditionnels qui permettent des investissements vitaux dans les infrastructures. Comme le font remarquer les auteurs, si les intervenants sont incapables de concilier les intérêts des plateformes en ligne et ceux des fournisseurs de services de réseau traditionnels, l’infrastructure qui sous-tend ces marchés de réseaux pourrait ne pas être viable. En fin de compte, c’est peut-être le citoyen qui paiera et qui sera donc perdant.

Les plates-formes en ligne peuvent créer de l’efficience et de la flexibilité pour les consommateurs, mais elles perturbent également les mécanismes de financement traditionnels qui permettent des investissements vitaux dans les infrastructures.

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